Réseau européen contre la privatisation et la commercialisation de la santé et de la protection sociale
Vous êtes ici : Accueil » Pour approfondir » Analyses globales » Interview avec Brando Benifei sur la crise COVID-19 Europe

Interview avec Brando Benifei sur la crise COVID-19 Europe

D 2 avril 2020    


agrandir

30.03.2020 - Interview avec le député au Parlement europeen Brando Benifei pour les socialistes européen (Partito Democratico - Italy)

Chaque année, le Réseau européen organise des actions le 7 avril. Le 7 avril est la Journée mondiale de la santé. Nous l’appelons la Journée d’action contre la commercialisation de la santé. En même temps, nous essayons aussi de faire parvenir nos analyses et nos demandes à nos représentants européens. Cette année, nous avons prévu une conférence au Parlement européen. Mais la crise COVID-19 avait une longueur d’avance sur nous. À l’occasion de l’action "drap blanc" du 7 avril, que nous organisons comme alternative à nos actions annuelles, nous avons soumis un certain nombre de questions d’actualité à Brando Benifei, député européen italien pour les socialistes européens, qui a répondu très volontiers à nos questions. Il met en lumière la façon dont les socialistes vont se positionner au sein du Parlement européen.

Le rescEU de la CE
Le vendredi 6 mars, lors du dialogue social des hôpitaux, la DG Santé Frank van Loock a déclaré que 20 pays européens allaient commencer à acheter ensemble du matériel de sécurité pour les travailleurs de la santé. Les syndicats ont clairement indiqué qu’à ce moment-là, il y avait déjà une pénurie. Chaque jour compte. La prévention est un facteur clé pour réduire les coûts. La Commission européenne a attendu le 19 mars pour créer une réserve stratégique rescEU de matériel médical, et notamment de respirateurs et de masques de protection, destinée à aider les pays de l’UE dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

  • Pourquoi a-t-il fallu autant de temps à la CE pour mettre en place ce Fonds rescEU ? Le 10 février, en tant que députés européens du Parti démocrate italien, nous avons élaboré un certain nombre de propositions pour faire face à l’urgence du Coronavirus au niveau européen. Parmi ces propositions, il y avait la création d’une centrale d’achat européenne pour acquérir et distribuer le matériel nécessaire à la prévention et au traitement des personnes touchées par le virus. L’objectif de la proposition était d’éviter une concurrence inutile et nuisible dans un moment aussi délicat. Nous nous félicitons donc de la décision de la Commission de créer un stock stratégique de matériel médical dans l’UE. Cela aurait dû être fait avant. Malheureusement, la coopération entre les États membres prend du temps. J’espère que cette crise permettra de mettre en place un système plus efficace pour répondre à de telles urgences.
  • Est-ce que le Parlement européen a quelque chose à dire dans la gestion du fonds rescEU ? En tant que députés européens, nous superviserons la gestion du Fonds de l’Union européenne, comme nous le faisons pour toutes les activités de la Commission européenne, en définissant nos priorités et en plaçant la nécessité d’une réponse coordonnée au centre de l’action.
  • Qu’est-ce qu’il manque aujourd’hui pour que les élu.e.s européen.ne.s aient une réelle compétence en matière d’intervention sur les questions de santé ? La santé reste aujourd’hui une question sur laquelle l’UE n’a quasiment aucun pouvoir. Les États membres de l’UE doivent prendre conscience qu’il est temps de coordonner et de discuter des politiques de santé au niveau européen, afin de mieux agir en cas de crise, comme nous le constatons ces jours-ci.
  • Est-ce que la crise actuelle peut avoir des répercussions dans ce sens ? Cette crise montre l’importance d’une coordination européenne plus large et plus concrète sur les questions liées à la santé. Les virus ne connaissent pas de frontières. J’espère donc que de nombreux États membres comprendront désormais ce qui fait encore défaut au niveau européen et entameront une discussion sur la nécessité d’élargir les pouvoirs de l’UE pour prévenir et combattre les épidémies.
  • Que peut-on faire collectivement pour y parvenir ? Chacun peut jouer son propre rôle. Les États membres pourraient faire pression pour que l’UE dispose de plus de pouvoirs en matière de santé par l’intermédiaire du Conseil européen, tandis que les professionnels de la santé, les organisations de patients et les parties prenantes pourraient faire pression sur les décideurs politiques de l’UE pour qu’ils interviennent, ce qui donnerait plus de pouvoirs à l’UE en matière de santé.

Fonds d’investissements publics de la CE
La Commission européenne a mis en place un fonds de 25 milliards d’euros d’investissements publics européens pour surmonter les conséquences de la crise du coronavirus. L’initiative d’investissement en réaction au coronavirus sera orientée vers les systèmes de soins de santé, les PME, les marchés du travail, d’autres secteurs vulnérables de nos économies. Pourtant, plusieurs pays européens touchés par la pandémie, n’ont toujours pas alloué des moyens supplémentaires aux systèmes de santé nationaux.

  • A quoi servira ce fonds de manière concrète ? Le fonds sera utilisé pour les dépenses de santé liées aux coronavirus dans les États membres, telles que les équipements hospitaliers, les ventilateurs et les masques. Des fonds sont également alloués pour soutenir le fonds de roulement des PME et pour soutenir les programmes nationaux d’emploi à court terme afin de limiter les dommages économiques de l’urgence.
  • Quel contrôle aura le Parlement sur l’allocation de ces moyens ? Nous veillerons à ce que ces fonds soient octroyés par le biais de ressources inutilisées ou fraîches, sans priver les programmes de l’UE de l’argent dont ils ont besoin.
  • Que pouvez-vous, comme parlementaire, mettre en place pour que ces moyens ne disparaissent pas dans les poches de la finance, la grande industrie et les multinationales ? Le Parlement européen utilisera tous ses pouvoirs de contrôle pour s’assurer qu’il n’y aura pas de spéculation économique ou de mauvaise utilisation des fonds alloués en réponse à l’urgence. Pas un seul euro ne doit être gaspillé.

Les règles budgétaires de la CE
La Commission européenne propose de suspendre les règles budgétaires européennes, le sacro-saint Pacte de Stabilité et de croissance. La mesure doit permettre aux Etats membres de libérer tous les moyens financiers nécessaires pour venir en aide aux secteurs durement frappés par le Covid-19.

  • Est-ce qu’après cette crise les Etats membres devront de nouveau atteindre un « équilibre » dans leurs finances ? Je pense que la suspension des règles budgétaires en ce moment délicat, est essentielle. Cependant, cette crise nous a déjà montré que les instruments que nous utilisons ne sont pas suffisants pour traiter la question de manière adéquate. À cet effet, certains gouvernements (italien, espagnol, français, etc.) et certaines forces politiques (S&D par exemple) demandent clairement l’adoption de nouveaux outils pour faire face à la crise de manière collective. Je suis vraiment triste de constater que certains États membres n’ont pas encore réalisé que c’est la seule façon de réussir.
  • Est-ce que cela veut dire qu’après cette crise les Etats membres devront encore plus couper dans les budgets de la protection sociale et les dépenses publiques ?
    Je ferai tout ce qui est possible pour éviter ce scénario. Cette crise montre l’importance des investissements publics dans des secteurs stratégiques tels que les soins de santé et la protection sociale. Les règles budgétaires doivent changer même lorsque l’urgence sera passée.

Augmentation du programme d’achat d’actifs PAA par la BCE
La BCE a annoncé une augmentation massive (120 +750 milliards d’euro) de son programme d’achat d’actifs (PAA) comme mesure principale pour atténuer les effets négatifs de la crise sur l’économie EU. Ce PAA consiste principalement au rachat, par la BCE, d’obligations souveraines (des dettes d’Etats) sur le marché secondaire de la dette. Par le passé, la condition pour que la BCE rachète des obligations d’un Etat dont la notation financière était dégradée, était que celui-ci soit soumis à un « plan d’aide » auprès de l’UE et du FMI. Ces plans d’aide étant caractérisés par des mesures d’austérité (notamment) en soins de santé, les conditionnalités de la BCE avaient in fine un impact négatif sur les politiques de santé.

  • Savez-vous si la BCE compte à nouveau appliquer de telles conditionnalités à son PAA (C-à-d : compte-t-elle conditionner le rachat de dette d’Etat dont la notation est dégradée à un plan d’aide avec l’UE/FMI) ? La crise de 2011 a montré l’inefficacité des mesures d’austérité sévères. L’urgence coronavirus a un impact dévastateur sur l’économie européenne. Je pense que la seule façon d’avancer est de faire face à la crise avec des plans de relance budgétaire massifs, et nous essayons de favoriser un débat en ce sens.
  • Et si oui, comptez-vous interpeller la BCE sur le sujet afin que les budgets de santé soient immunisés de futures coupes budgétaires (il s’agit d’une crise sanitaire !)  ? Disposer d’un système de santé bien équipé et efficace devrait être une priorité essentielle pour chaque pays européen. J’espère que cette crise nous apprendra que nous ne pouvons pas sacrifier les dépenses de santé pour respecter les règles du budget européen.

Rechercher

mai 2020 :

Rien pour ce mois

avril 2020 | juin 2020